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Le secteur financier évolue dans un environnement où les volumes de données explosent, les attentes des clients s’intensifient, les risques se diversifient et la réglementation devient toujours plus exigeante. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle devient une nécessité opérationnelle incontournable.
L’IA permet aujourd’hui de dépasser les limites des approches classiques. Elle peut automatiser des tâches complexes, détecter des anomalies à grande échelle, et aider à prendre des décisions plus rapides et plus éclairées. Mais pour tirer parti de ces avancées, encore faut-il bien les comprendre, les maîtriser et les encadrer.
C’est autour de ces enjeux qu’était organisée la conférence AI (ACT) for the Financial Sector Belgium, le 19 juin 2025 à Bruxelles, réunissant cinq intervenants, issus du secteur privé, du monde réglementaire et de l’innovation technologique.
L’IA transforme déjà plusieurs fonctions clés dans le secteur financier. Dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent, elle permet de détecter les transactions suspectes de manière plus précise et plus rapide que les approches traditionnelles. Les systèmes analysent des volumes massifs de données, apprennent en continu, et priorisent les alertes en fonction de leur pertinence.
Résultat : un gain de temps pour les analystes et une meilleure efficacité opérationnelle. D'autres applications concernent la détection de fraude, le scoring de risque ou encore l’optimisation des processus de conformité. En combinant l’analytique avancée, la modélisation et la visualisation, les outils disponibles aujourd’hui offrent une aide précieuse à la prise de décision.
Malgré son potentiel, l’adoption de l’IA dans le secteur financier n’est pas sans défis. D’après Fabrice Deprez (Discai), la technologie est prête, mais les organisations et les individus ne le sont pas encore.
Il faudra, selon lui, encore 5 à 10 ans pour que les structures financières intègrent l’IA à tous les niveaux, tant culturellement que financièrement.
Les risques sont aussi nombreux : biais algorithmiques, manque de transparence, responsabilités floues, dérives éthiques… Autant de points soulevés dans les discussions, qui soulignent la nécessité d’un cadre clair pour guider les développements.
Depuis 2022, de nombreux pays ont commencé à encadrer les usages de l’IA à travers des directives, lois ou cadres de gouvernance. Mais face à la globalisation du marché et à la complexité des systèmes, l’Union européenne a souhaité proposer une approche unifiée.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’IA Act, le premier règlement européen (et mondial) sur l’intelligence artificielle. Il répond à un besoin essentiel : créer de la confiance sans freiner l’innovation.
L’IA Act s’applique à toute IA développée ou utilisée au sein de l’Union européenne, quel que soit le pays d’origine du fournisseur. Il repose sur une classification des systèmes selon quatre niveaux de risque (minimal, limité, élevé, interdit), chacun soumis à des exigences spécifiques.
Les systèmes dits à “haut risque”, très présents dans le secteur financier, devront faire l’objet d’une documentation renforcée, d’évaluations d’impact, de mesures de transparence et de supervision humaine, afin de garantir que des décisions critiques ne soient pas prises de manière totalement automatisée.
La Belgian Data Protection Authority (DPA) est venue rappeler la complémentarité entre le RGPD et l’IA Act. Là où le RGPD protège les données à caractère personnel, l’IA Act veille à encadrer les processus automatisés qui en découlent. Pour les institutions financières, cela signifie renforcer leur gouvernance, élargir la responsabilité des DPO, et repenser la gestion des risques.
L’adoption de l’IA dans la finance ne repose pas uniquement sur la technologie : elle suppose aussi une transformation interne structurée. Les organisations doivent aujourd’hui réfléchir à leur niveau de préparation, tant sur le plan technique que culturel. Il est essentiel de recenser les projets IA existants, d’évaluer les données utilisées, et de s’assurer de la qualité, de la traçabilité et de l’explicabilité des modèles. Mettre en place une gouvernance claire autour de l’IA en intégrant les dimensions juridiques, éthiques et IT devient une priorité.
Mais l’approche ne doit pas être figée. Au contraire, les initiatives les plus efficaces reposent souvent sur des cycles courts : tester un prototype, analyser les résultats, ajuster, et répliquer. En avançant de manière itérative, les institutions peuvent rapidement monter en compétence, tout en minimisant les risques.
À ce titre, une démarche agile a été présentée : en huit semaines, une institution peut développer un prototype fonctionnel, l’évaluer, et décider d’un éventuel déploiement plus large. L’approche permet d’éviter l’effet tunnel, de tester rapidement et de faire monter les équipes en maturité. Une manière concrète d’aborder la conformité tout en gardant le cap sur la valeur métier.
L’IA n’est plus une option pour le secteur financier : c’est une réalité. Mais une réalité complexe, évolutive, et parfois risquée. Pour en tirer tous les bénéfices, les institutions doivent s’appuyer sur des solutions technologiques robustes, des méthodologies agiles et un cadre réglementaire clair.L’IA Act constitue une avancée majeure dans ce sens. Il ne s’agit pas d’un frein à l’innovation, mais d’un cadre commun pour en garantir la qualité, la sécurité et l’éthique. Et c’est à cette condition que la transformation en cours sera durable et bénéfique pour l’ensemble de l’écosystème financier.
Cet article a été rédigé par Esther Vernet dans le cadre de sa participation à la conférence « AI (ACT) for the Financial Sector » organisée par le CREOBIS à Bruxelles le 19 juin 2025.
Étudiante en dernière année de master en ingénieur de gestion à Solvay au moment de l’événement, elle menait un mémoire sur l’impact de l’intelligence artificielle dans la lutte contre le blanchiment d’argent. Cette conférence lui a permis d’enrichir ses recherches et a contribué à la réussite de son mémoire.